Dimanche 12 février 2012
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21:16
Dans chaque campagne présidentielle, cet instant arrive toujours : tester d'autres hypothèses de sondages au second
tour...
Le Journal du Dimanche a franchi le gué en publiant un sondage sans Marine Le Pen, qui fait son numéro habituel sur la difficulté à
obtenir les 500 signatures.
Eh, oh surprise, dans ce cas de figure, Sarkozy et Hollande sont dos à dos (33 %) et François Bayrou ne parvient pas à suivre le
rythme (17 %).
Très étonnamment, l'hypothèse du 2e tour n'a pas été testée par l'IFOP (ou pas publiée). Des esprits chagrins
pourraient considérer que ce sondage sert à merveille Nicolas Sarkozy, l'un des rares qui croit encore en son étoile (avec Guéant). Il ne s'agit pas ici de laisser entendre que l'IFOP et le JDD
jouent les agents électoraux du Président de la République.
Juste de s'étonner de l'aspect détonnant du sondage, presque irréel : est-il nécessaire de rappeler à ces gens bien cultivés
qu'une élection se joue à deux tours ? Est-ce utile d'insister sur le fait que le plus intéressant en l'occurrence n'est pas tant cette égalité factice de premier tour mais la dynamique
qu'elle entraînerait le cas échéant au 2e ? Le silence des deux affidés dominicaux laisse entendre que le 2e tour reproduit le même écart constaté depuis des
semaines (entre 60 % et 55 % pour Hollande, entre 40 % et 45 % pour Sarkozy).
Fort de cet illusoire sursaut, Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, a senti qu'une brèche s'ouvrait pour aller piquer les
viscères des électeurs de Marine Le Pen : « Toutes les civilisations ne se valent pas », a-t-il lâché, lançant ainsi la course suicidaire au lepénisme du n'importe quoi, du
recyclage d'idées rances, d'éructations de bistrots, de ce racisme ordinaire que l'on ne parvient pas à réduire parce que la société, dans sa souffrance, cherche un bouc-émissaire, un endroit
pour se consoler. Bien entendu, que nos amis africains, arabes, et d'ailleurs, nous excusent : nous, pays de Vichy, des tortures en Algérie, du silence consentant au Rwanda, nous n'avons,
bien entendu, aucune leçon à donner au reste du monde.
De toute façon, chaque pays traîne sa part maudite, ce qui rend de ce fait toute tentative de classement des pays vertueux
inepte.
M. Guéant fait donc le sale boulot du débauchage de ceux qui considèrent que la France n'est pas un pays d'immigration. Il utilisera
toutes les ficelles, jusqu'au bout : les prières de rue, la burqa, etc. Une scénarisation des problèmes sensés placer la France au bord du gouffre, de la perte d'identité, d'un danger aux
contours flous.
La gêne affichée par Alain Juppé et, à un degré moindre, Jean-François Coppé, montre à quel point le choix du pire n'est pas le bon
: monter les Français les uns contre les autres, opposer les purs aux impurs, etc.
Qui veut de cette France déchirée, confuse, dangereuse ?
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